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“Pour moi les catcheurs sont des artistes”, interview avec Christian Cymet

Le Catch mexicain est un sport culte qui a marqué la culture pop de ce pays. Après l’arrivée des films de « El Santo » (Le Saint, en français), catcheur mythique qui portait un masque argenté, la «lucha libre » (le catch mexicain) et ses héros traversent les frontières et marquent des générations. Les masques originaux des catcheurs sont considérés comme des objets précieux. Voici l’entretien avec Christian Cymet, le collectionneur de « la lucha libre » avec un recueil qui atteint plus de mille masques, des milliers d’archives photo et bien d’autres objets. 

Hilda OROZCO : Comment avez-vous devenu collectionneur du catch mexicain ?
Christian Cymet : Quand j’étais petit, mes parents m’amenaient au marché d’antiquités. Vers 1985, alors que j’avais dix ans, je rencontre Arturo Ortega Navarrete, photographe sportif des années 50 à 80, qui m’a vendu une grande partie de sa collection photo. Les clichés des années 50 m’ont beaucoup intéressé, y compris ceux de  boxe. J’ai donc commencé ma première collection. À l’époque je regardais des films de « luchadores » (catcheurs, en français), ainsi qu’une émission télé de la Fédération Mondiale de Catch (WWF, sigle en anglais)* tous les weekends. C’est ainsi que j’ai commencé à assister aux matchs de catch, et une fois qu’on voit du catch, qu’on sent la passion pour le sang sur le ring, cela devient une addiction, j’y assistais quatre jours par semaine!

H.O. : Donc, vous n’avez pas commencé votre collection de masques tout de suite. Quand avez-vous commencé votre collection ? 
C.C. : Plus tard, vers 1990. J’avais déjà une collection importante d’archives photo et de magazines, mais à l’époque je n’avais pas de masques originaux, et quand j’ai eu l’occasion d’avoir mon premier masque fraichement sorti du ring, je me suis dit « ça c’est mon truc ! » Je n’ai pas arrêté depuis. Je garde presque tous les masques, j’ai dû en échanger seulement 4 au total, parmi plus de mille masques de ma collection.

H.O. : Quand le catch est devenu plus populaire, quels évenements ont marqué cette époque dans votre collection ?
C.C. : Quand j’ai commencé ma collection de masques, je les achetais entre 30 et 60€. En 2007, quand des catcheurs comme « Místico » et « Doctor Bagner » commencèrent à vendre leurs masques après les représentations, l’acquisition d’un masque original est devenue plus difficile. Les gens se sont dits que si les catcheurs vendent leurs masques entre 300 et 450€ et que j’ai un vieux masque original, je vais le vendre entre mille et trois mille euros! Pour moi la valeur d’un objet est relative, mais la valeur estimée des masques n’est pas un obstacle. En revanche, le clonage des vieux masques sur le marché est devenu un souci pour moi. Aujourd’hui je mets plus de temps à en acquérir de nouveaux.

H.O. : Parmi votre collection et les expositions que vous avez oragnisées, quelles sont vos pièces préférées ?
C.C. : Il y a le premier masque de « El Solitario ». Pour moi c’est un trésor. J’ai le masque de «El Cobarde » de 1976, que « Fishman » m’a vendu en 2000. Tu sais, dans un duel « masque contre masque », les catcheurs parient leur masque. J’ai les masques et des mèches de cheveux de Madame Virginia Aguilera. Elle apparaît dans les films de « El Santo », et j’ai également gardé des cheveux de séances « masque vs chevelures »… Moi aussi, j’ai pu garder des cheveux quand j’étais plus jeune au bord du ring. Aujourd’hui ce n’est plus possible, car les mesures de sécurité ne le permettent plus. Nonobstant, l’arbitre donne parfois les chevelures. Avant on pouvait s’approcher des catcheurs et parler avec eux. Mais aujourd’hui c’est plus difficile. « La Arena México » a fait par exemple construire un couloir pour l’accès au ring des catcheurs.

© 2013, Christian Cymet.

© 2013, Christian Cymet.

H.O. : Quand votre collection est-elle devenue reconnue ?
C.C. : Après la publication d’un numéro spécial dédié au catcheur « El Santo » dans un magazine en 2000. Puis, à la suite d’une émission de télé en 2005, ma collection arriva au Japon et j’ai pu récupérer de nouveaux masques. Ma collection est alors devenue mondialement connue. Maintenant j’ai un rêve pour ma collection : créer le musée du catch mexicain.

H.O. : Parlons de votre rêve. Comment pensez-vous le réaliser ? 
C.C. : En 2013 j’ai une exposition « solo » dans le musée d’histoire « 3 Museos » à Monterrey**. Cette exposition comprend toute l’histoire du catch mexicain ! J’ai travaillé des mois pour sélectionner l’information. Je pense que je peux faire la même exposition en parallèle vu la quantité de pièces que j’ai dans ma collection. Enfin, je crois qu’avec ce projet, je vais attirer l’attention des investisseurs qui pourraient être intéressés par le projet de musée du catch mexicain.

H.O. : Finalement, pour vous qui avez grandi avec le catch mexicain, qu’est-ce qu’un « luchador » ?
C.C. : (Il soupire), pour moi un « luchador » c’est un sportif, un artiste, c’est la représentation du bien et du mal dans un endroit spécifique, le ring. De plus il faut un bon entrainement, un catcheur doit avoir la tête froide comme s’il jouait aux échecs.

World Wrestling Federation,  c’est le nom utilisé de 1979 à 2002 par la Compagnie Professional du Catch, connue aujourd’hui comme la World Wrestling Entertainment (WWE, sigle en anglais).
** 3 Museos, c’est un groupe de trois mussées dédiés à l’histoire du pays, situé à Monterrey, troisième plus grande ville du Mexique.  

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