Enquêtes

Au Mexique, le mariage pour tous n’existe pas. Mais l’état et les médias semblent bien unis pour le meilleur et pour le pire

Le président Enrique Peña Nieto est marié à Angélica Rivera, une actrice de feuilletons, plutôt mignonne. Ils se sont rencontrés lorsqu’elle tournait des clips publicitaires pour l’État de Mexico en 2008. Rien d’exceptionnel avec ce mariage, car les vedettes ont un magnétisme pour les gens de pouvoir, et vice-versa. Mais les médias et le pouvoir dans ce pays en développement ont de longues histoires dignes d’être racontées.

Le 5 février 2013, l’hebdomadaire The Guardian a démenti dans un communiqué de presse une série d’articles et documents parus en juillet 2012. Les articles suggéraient que pendant l’élection présidentielle de 2012, la chaine de télévision mexicaine Televisa avait vendu une couverture favorable à Enrique Peña Nieto, deux semaines avant le scrutin. « The Guardian comprend la préoccupation de Televisa, car le journal a pu insinuer la culpabilité de la chaine de télévision dans cette affaire, en particulier au Mexique. The Guardian et Televisa ont décidé de régler ce différent amicalement au travers de ce communiqué de presse » ont-ils annoncé. De plus, la chaine de télévision a nié publiquement et catégoriquement les accusations politiques faites par le candidat de l’opposition, Andrés Manuel López Obrador, et des groupes sympathisants (blog egosumqui et le blog otraprensa) à l’Institut Fédéral Electoral (IFE, sigle en espagnol). Ce même institut est également accusé d’avoir participé à la fraude électorale. Malgré le communiqué de presse, l’opinion publique ne reconnait pas l’innocence de la chaine de télévision, car le concubinage entre l’état mexicain et les médias existe depuis toujours, et les exemples ne manquent pas.

« EPN vs YoSoy132 ». quchocartones.blogspot.com, 2012.

« EPN vs YoSoy132 ». quchocartones.blogspot.com, 2012.

Rassemblements d’indigènes à Atenco
Alors gouverneur de l’état de Mexico, Enrique Peña Nieto avait déjà les faveurs du pouvoir et des médias. Le 4 mai 2006 à Texcoco, petite municipalité, trois mille policiers se sont déployés afin d’évacuer par la force les vendeurs de fleurs du marché de Texcoco. Les vendeurs de fleurs ont alors demandé de l’aide aux habitants voisins de San Salvador Atenco, des agriculteurs, femmes et enfants, la plupart indigènes, sympathisants du Front des peuples pour la défense de la terre. Armée de machettes, cette communauté avait en 2001 arrêté la construction d’un aéroport dans des terres agricoles de la région. De la même manière, les habitants d’Atenco se sont mobilisés pour aider les fleuristes afin de bloquer la route aux forces spéciales de la police. Bilan : 2 civils morts, 23 femmes violées par des policiers, 50 blessés, dont 8 gravement et 100 arrestations. Le rôle des médias a été décisif dans l’instrumentalisation de l’affaire pour montrer à la population la capacité de coercition de l’état. Dans le documentaire La véritable histoire d’Atenco, photographes et journalistes racontent la manipulation de l’évènement par les forces de l’ordre dans un but de propagande politique en complicité avec les médias. « Le problème arrive quand existe toute gestion informative, une gestion éditoriale, pour créer un consensus en faveur de la police et des abus perpétrés contre les habitants d’Atenco. Malgré qu’il soit possible qu’ils aient eu le droit de se défendre, question qui n’est pas du tout couverte par les médias. C’est une énorme préoccupation, l’existence d’un parti pris dans l’information » a déclaré le journaliste Jenaro Villamil.

Rassemblements d’étudiants à l’IBERO
Le 11 mai 2012, lors d’une conférence à l’université Iberoamericana, l’événement d’Atenco a été rappelé à Enrique Peña Nieto, à l’époque candidat aux élections présidentielles pour le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, sigle en espagnol). Un groupe d’étudiants a montré son mécontentement envers le candidat, en criant « Atenco ! » à la fin de la réunion, « Il faut clarifier cette question posée par les étudiants. Cet évènement à Atenco est un rappel de la détermination du gouvernement à faire respecter les droits des citoyens de l’état de Mexico, et quand ces droits ont été mis en danger par des intérêts des particuliers, j’ai pris la décision d’utiliser la force publique pour restaurer la paix » a répondu le candidat, au milieu d’étudiants qui ont fini par l’obliger à quitter l’université. Par la suite, les dirigeants du PRI et les principaux médias du pays ont essayé de minimiser les faits et ont accusé les manifestants d’avoir été payés pour agir en tant qu’agitateurs. C’est là que le mouvement étudiant « YoSoy132 » est né. Le nom fait référence à l’auto filiation et au soutien porté au mouvement en tant que 132ème membre, en rapport au ralliement initial de 131 étudiants de l’Université Iberoamericana qui ont créé une vidéo sur Youtube pour exprimer leur dégoût contre le traitement biaisé des médias à propos de l’événement. Dans cette vidéo, 131 étudiants se présentent en affichant leur carte étudiants, disant leur noms, numéro d’étudiants et les études qu’ils font, en affirmant n’appartenir à aucun parti politique et en défendant le caractère étudiant de leur protestation. Le mouvement atteint l’échelle mondiale grâce aux réseaux sociaux, « Unissons notre voix pour demander notre droit à l’information impartial, plurielle et transparente » ont-ils déclaré sur leur première vidéo appelée : El Manifesto #YoSoy132.

« Unissons nos voix pour demander notre droit à l’information impartial, plurale et transparente ». Vidéo @yosoy132, 2012.

« Unissons nos voix pour demander notre droit à l’information impartial, plurale et transparente ». Vidéo @yosoy132, 2012.

Les médias au service du pouvoir est une réalité au Mexique. La propagande politique, la manipulation massive et la tergiversation de la réalité représentent des atteintes aux droits des citoyens mexicains. En 2009, la Court de Justice de la Nation a signalé l’utilisation de violence excessive et la violation des droits des habitants d’Atenco. Mais le chef d’état Enrique Peña Nieto et d’autres dirigeants politiques n’ont pas été inquiétés. Les manifestations contre le résultat de l’élection présidentielle de 2012 ont dégénérés suite à des abus de pouvoir. La popularité du chef de l’état stagne. Mais pour régler cela, les médias mexicains savent rendre de bons services. Est- ce que les médias internationaux vont accepter les avances du chef d’état mexicain ? Il a été plutôt charismatique avec la libération de la française Florence Cassez.

La narco-publicité
Les narcotrafiquants ont adopté le mot « narco » comme préfixe pour tout ce qui les concerne. Ainsi la « narcocultura » est la culture des cartels de la drogue. Il y a aussi la musique, la littérature, la nourriture, l’architecture, etc. De la même manière, les « narcomantas » sont des pancartes avec des avertissements, dirigés aux membres mêmes des cartels, à la population et au gouvernement. La plupart des narcomantas sont retrouvés dans des lieux publics accrochés aux corps des victimes d’homicide. Le nombre précis de narcomantas est inconnu, mais parmi les 60 mille homicides commis depuis 2006, la quantité peut être considérable. La presse et la télévision ont diffusé sans cesse ces images. La méthode est de ce fait devenue très efficace pour manipuler les médias.

Le blog del narco, connu pour se proclamer indépendant, diffuse toutes sortes d’images de la guerre contre le narcotrafic, des fois des images fournies par des internautes anonymes. Ce blog montre la vraie face extrêmement violente du narcotrafic au Mexique et il est une preuve évidente de l’efficacité des narcomantas.

corte-cassez-pgrArticle: Un vidéo-montage, la seule preuve pour libérer Florence Cassez
La française inculpée de multiples délits sur le sol mexicain a été libérée, sans possibilité de prouver son innocence. La manipulation de la réalité entre certains médias et la justice mexicaine prouve que la vérité est des fois difficile à raconter, mais surtout facile à kidnapper.

Monero Hernández StudioEntretien: « Au Mexique, dans le journalisme ils avaient trois tabous: La vierge du Guadalupe, l’armée et le président. Mais aujourd’hui ils ne sont plus intouchables. Je voudrais voir plus souvent Carlos Slim en caricature dans les journaux locaux, mais ce n’est pas facile » Entretien avec « Monero Hernández », José Jorge García Hernández de son vrai nom est un caricaturiste politique mexicain. Il s’autoproclame « Monero », néologisme pour « dessinateur de sujets » en espagnol. Créateur et dessinateur qui a remporté le Prix National du Journalisme en 2001, il est connu pour le caractère critique et hilarant de ses dessins au Mexique, mais aussi dans le monde.

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